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[Focus] PRESIDENT DU CNG PENDANT 26 ANS : La saga d’Alioune, le Tsar de l’arène

[Focus] PRESIDENT DU CNG PENDANT 26 ANS : La saga d’Alioune, le Tsar de l’arène

À la tête du Comité national de gestion (Cng) de la lutte depuis 26 ans, Alioune Sarr est plus que jamais contesté. Son départ a été, une nouvelle fois, soulevé au lendemain de la radiation de l’arbitre Sitor Ndour. Une décision qui a plongé la lutte dans une crise dont les prémices se signalaient depuis belle lurette et aujourd’hui accentuée par la pandémie de Covid-19.
La popularité de la lutte avec frappe est en chute libre, l’arène en pleine crise. Avec la rareté des sponsors, elle est au bord du gouffre. Une situation rendue plus complexe par la pandémie de Covid-19. Et le patron de la discipline semble être dans l’incapacité de maîtriser les humeurs de certains acteurs. L’autorité du docteur Alioune Sarr, Président du Comité national de gestion (Cng) est contestée de toute part. Le tout-puissant président du Cng de lutte ressemble aujourd’hui à un géant aux pieds d’argile.
Dans le monde de la lutte où la castagne, les crocs-en-jambe et autres astuces règnent en maître, le docteur Alioune Sarr s’est forgé un fort caractère. On le respectait, on le craignait aussi. Pendant 26 ans, il a dirigé d’une main de fer, comme du temps des tsars dans l’ancienne Union soviétique, cette discipline qui regroupe des mastodontes aux attitudes parfois très impulsives.
Tous les acteurs de la lutte s’étaient pliés à sa volonté. Ceux qui ont osé défier son autorité l’ont souvent payé cher. Tyson, Gris Bordeaux, Lac de Guiers 2, pour ne citer que ceux-là, ont été sanctionnés très sévèrement, pour avoir tout simplement contesté des décisions arbitrales. Le médecin, qui était venu dans ce monde de ‘’brutes’’, pour mettre de l’ordre et réglementer la discipline, est devenu, à force de mégalomanie, l’homme le plus controversé de l’arène.
Sa tête réclamée
L’autoritarisme d’Alioune Sarr semble atteindre son paroxysme, quand Sitor Ndour est radié à vie. Le seul tort de l’arbitre, très réputé, c’est d’être l’instigateur d’un mouvement d’humeur pour réclamer de meilleures conditions de travail. Alors, le ‘’Roi’’ tout-puissant des arènes pour qui, naguère, on ne tarissait pas d’éloges, est la risée de tout un monde. Il est critiqué, chahuté, remis en cause en permanence. Son autorité bafouée. Sa tête réclamée de toute part.
Des lutteurs sont en première ligne pour exiger son départ. ‘’Il est temps de faire partir Alioune Sarr. Radier une personne qui demande de meilleures conditions de travail est une erreur monumentale’’, cogne Gris Bordeaux sur Igfm.
Des communicateurs traditionnels aussi lui en veulent. Bécaye Mbaye : ‘’Si Alioune Sarr veut rester encore à la tête du Cng, c’est tout simplement son souhait. Mais ce n’est pas à lui de décider. Après 25 ans de service, je pense que ça suffit. Il doit laisser la place aux autres.’’
D’anciennes gloires de la lutte sont aussi dans le combat pour réclamer sa tête. ‘’Suspendre des arbitres de cette façon, c’est de la dictature. Sanctionner financièrement, suspendre et menacer, je pense que ce n’est pas cela une bonne gestion. Beaucoup ont quitté. Aziz Ndiaye, Gaston Mbengue, Yékini, y compris moi. Nous avons tous quitté. Cela prouve que celui qui décide d’intégrer le Cng ne doit jamais s’opposer à leurs décisions’’, renseigne l’ancien ‘’Tigre de Fass’’ Moustapha Guèye.
 
L’année où tout a commencé
Pourtant, ça fait presque dix ans que le départ d’Alioune Sarr est réclamé, mais l’autorité étatique tranche toujours en faveur du président du Cng. Trois présidents de la République (Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall) se sont succédé au Sénégal, durant le règne de l’actuel patron de la lutte. De nombreux ministres des Sports, qui le nomment par arrêté, ont défilé au département des Sports.
Sous son magistère, des lutteurs ont régné pendant plus d’une décennie avant d’être détrônés. Mais Alioune Sarr, lui, demeure indéboulonnable, toujours à la tête de l’instance dirigeante. Pendant plus d’un quart de siècle, il est resté inamovible.
Alioune Sarr est arrivé à la tête du Cng en mars 1994. À l’époque, Ousmane Paye, qui venait d’être nommé ministre des Sports, demande à son ami médecin, passionné de lutte, de réfléchir sur un projet de gestion de la discipline. Il accepte la proposition de son ami, mais pose une condition : choisir lui-même ses collaborateurs. Ainsi, la première équipe du Comité de normalisation de la lutte, dirigée par Alioune Sarr, est mise sur pied pour deux ans.
Manga 2 : ‘’Il a révolutionné la lutte’’
Mais 26 ans après, Alioune Sarr est toujours là. Il a résisté contre vents et marées. Il est aujourd’hui sous le feu des critiques. Mais sa ténacité a quand même donné à la lutte sénégalaise une identité reconnue. ‘’Si, aujourd’hui, tout le monde veut devenir lutteur, c’est parce qu’il y a un travail énorme qui a été abattu en amont. Et c’est l’œuvre d’Alioune Sarr. C’est lui qui a réglementé la lutte. Il a pris des décisions qui ont révolutionné l’arène’’, soutient Manga 2, le premier ‘’Roi des arènes’’, le seul reconnu d’ailleurs par le Cng.
Avant lui, l’arène sénégalaise a été décrite comme une sorte de jungle. Un monde de gladiateurs où presque tous les coups sont permis pour arriver à sa fin. Des règles sont établies, des sanctions administrées aux récidivistes par Alioune Sarr et sa bande. ‘’Avec lui, il fallait se conformer au règlement. Je fais partie des premiers lutteurs qui ont été sanctionnés’’, se rappelle Manga 2.
Il a aussi mis fin à un certain amateurisme et lutté contre la pratique des promoteurs qui abusaient de la confiance des lutteurs. ‘’Après un de mes combats organisé par un promoteur qui habitait à Guédiawaye, j’avais tous les problèmes pour récupérer mon reliquat. Cet argent, je n’ai jamais pu le récupérer. Beaucoup de lutteurs ont connu ce genre de problèmes’’, explique Manga 2. L’ancien champion des arènes d’ajouter : ‘’C’est Alioune Sarr qui a mis fin à ces pratiques. Aujourd’hui, les contrats sont signés au Cng et les reliquats des lutteurs payés à l’avance.’’
Le ‘’déclin’’ de l’empereur ?
Ces actes font partie d’une série de mesures mises en place par Alioune Sarr qui a porté la lutte au summum de sa popularité. Mais le règne infini d’un super chef va un jour conduire à la révolte de ses sujets.
C’est ce qui semble arriver à Alioune Sarr à la tête du Cng. Malgré le bon travail reconnu par plusieurs personnes, il est devenu l’homme à abattre. ‘’La plus grande erreur a été les sanctions financières très sévères sur les lutteurs. Naturellement, personne n’aime qu’on ponctionne son salaire. Je pense que c’est ce qui a créé l’animosité entre Alioune Sarr et les lutteurs’’, pense Manga 2.
En fait, jamais son autorité n’a été aussi secouée. Mais Alioune n’est pas prêt à lâcher du lest. ‘’Je n’ai pas d’intérêt personnel à gagner dans la lutte. J’ai confiance en Dieu ; c’est Lui qui décide de tout. On me tue, mais on ne me déshonore pas. Je partirai le jour où je serai convaincu d’avoir atteint mon seuil d’incompétence. Mais pour le moment, je suis le responsable d’une embarcation qui a ses règles, son esprit et sa façon de gérer’’, a déclaré récemment Alioune Sarr à ‘’Rfm matin’’.
Du côté du ministère, la question n’est pas encore d’actualité. Matar Bâ ne semble pas encore être prêt à se séparer d’Alioune Sarr. ‘’Son départ n’est pas une revendication générale. Je suis un démocrate. Ce n’est parce que je dis que c’est bon que tout le monde doit le dire. Par contre, chacun doit rester dans son rôle. En pleine mission, je me garderais de dire ce qui va se faire à la fin de la saison’’, avait répondu le ministre des Sports à Seneweb.
Ami aujourd’hui, ennemi demain des ministres
Mais le grand mystère qui entoure la question du président du Cng, c’est qu’il a toujours la confiance des ministres des Sports, même ceux qui sont aujourd’hui les plus critiques à son encontre. D’Ousmane Paye à Matar, Bâ en passant par Joseph Ndong, Bacar Dia, Issa Mbaye Samb, Youssou Ndiaye, Abdoulaye Makhtar Diop, Daouda Faye ‘’Vava’’, Mamadou Lamine Keita, Mbagnick Ndiaye, jamais l’idée de décharger Alioune Sarr n’a été évoquée durant leur passage au département des Sports.
C’est seulement après leur magistère que certains d’entre eux, à l’image de Daouda Faye et Abdoulaye Makhtar Diop, ont demandé le départ du médecin réputé qui a débuté sa carrière en 1975 à l’hôpital Abass Ndao.
 
Un handballeur à la tête de la lutte
D’un père originaire de Djilor Diognick, entre Foundiougne et Passy, et d’une maman mandingue venue du Saloum – de Missirah particulièrement – vers la frontière avec la Gambie, Alioune Sarr est né et a grandi à Fatick. Après ses études primaires, il est admis au lycée Van Vo de Dakar – devenu lycée Lamine Guèye. Le Bac en poche, il intègre la faculté de Médecine et y passe toute ma carrière estudiantine médicale.
Après sa formation, il intègre la Fonction publique, à l’hôpital Abass Ndao. Il gravit les échelons et deviendra plus tard médecin-chef de la structure pendant 16 ans et directeur pendant 7 ans, avant de devenir inspecteur des services sanitaires de la ville de Dakar. Il prend sa retraite anticipée en 1999 pour rejoindre le privé.
Même s’il aime la lutte et dirige le Cng, Alioune Sarr a été un handballeur. Discipline qu’il a pratiquée au lycée. Mais le sport en général a été toujours une passion pour lui. Il a même été médecin des équipes nationales, entre 1975 et 1981.
Aujourd’hui, malgré son âge avancé, le teigneux Alioune Sarr défie l’usure du temps, dans ce monde où la force physique, mais aussi le mystique règnent en maître.

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