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(FOCUS) SAFINATOUL AMANE : La police religieuse de Touba

(FOCUS) SAFINATOUL AMANE : La police religieuse de Touba

Créée il y a 23 ans, Safinatoul Amane dépend directement du Khalife général des mourides. Ses 313 membres veillent au respect des 28 commandements-interdictions à Touba et ses environs. Il a tout d’une police parallèle : agents armés, uniforme, usage de la force… Focus.

(ENVOYE SPECIAL A TOUBA) – Contrôle, saisie, intervention, arrestation, interpellation, perquisition et visites domiciliaires avec les services de police judiciaire…, font partie des méthodes du Dahira Safinatoul Amane. Une organisation de police religieuse créée depuis 1997, sur recommandation du défunt Khalife général des mourides, Serigne Saliou Mbacké. Dirigé par Serigne Modou Lô Ngabou, c’est est une entité de veille et de contrôle à Touba et ses environs, pour que les interdictions du Khalife soient scrupuleusement respectées, compte tenu de la spécificité de Touba. Safinatoul Amane, c’est une association légalement reconnue par l’Etat qui détient récépissé, ce qui lui donne mandat d’opérer sur toute l’étendue de son territoire 24h/24, jour et nuit. «Le responsable moral de Safinatoul Amane, Serigne Modou Lô Ngabou, nous a donnés mandat, par arrêté, de contrôler et de surveiller Touba 24h/24. Nous intervenons partout dans la ville, en collaboration avec la police et la gendarmerie», fait savoir un  contrôleur général.

«Si nous arrêtons un délinquant, nous le remettons aux forces de l’ordre»

Chaque année, des opérations d’envergure portant sur des saisies de drogue, d’alcool, d’habits indécents, d’instruments prohibés et de toute sorte de produits illicites sont opérés par les 313 éléments de Safinatoul Amane. Certains sont autorisés par le ministre de l’Intérieur à porter des armes à feu. Et même des armes blanches comme les menottes. Les produits saisis sont ensuite incinérés, à l’occasion d’une cérémonie annuelle  à la gare de Touba, en présence des autorités religieuses et administratives, des chefs de service et diverses organisations. Safinatoul Amane fait des perquisitions, si nécessaire, et procède à des arrestations. «Si nous arrêtons une personne prise en flagrant délit, soit un trafiquant de drogue, un usager d’alcool ou autre, nous la remettons aux forces de sécurité qui la conduit devant le procureur. Nous collaborons avec la Police et la Gendarmerie qui nous accompagnent dans nos opérations», indique-t-on.

L’année dernière, 700 personnes ont été prises en flagrant délit dans des actions indécentes telles que les cérémonies folkloriques ou activités clandestines. Réputées «criminogènes», les zones plus couvertes par Safinatoul Amane sont : Gare-bou-Mak, Mbaari Madiyana, Garage Dakar, Marché Ocass, Oumoul Khoura, Marché Boubess, Rond-point Total Mbacké, Ndindi et Darou-Keur-Kab.

«S’il récidive, il est expulsé de Touba, ses matériels confisqués, son domicile fermé»

Dans leurs actions, les membres de la police religieuse de Touba privilégient la sensibilisation, mais n’exclut pas l’usage de la force lorsque les circonstances l’exigent. «Les auteurs d’interdictions du Khalife sont sensibilisés d’abord. Mais s’ils récidivent, ils sont expulsés de Touba, leur matériel confisqué en vue d’une destruction et leur domicile fermé jusqu’à nouvel ordre, en attendant une décision du Khalife. S’il s’agit, cependant, d’infractions à la loi pénale, nous faisons appel à la police ou à la gendarmerie car les délits et les crimes relèvent de leur compétence», explique un membre influent de l’organisation habillé en uniforme qui lui donne tout l’air d’un policier sans les insignes militaires.

«Nous faisons recours à la force, mais pas à la violence»

A tort ou à raison accusé de se substituer à la justice et même de faire preuve de zèle, Safinatoul Amane fait trembler à Touba. Souvent, des personnes se plaignent de tortures et dénoncent les violences de ses «redoutables» éléments. «Quand j’ai eu un différend avec mon épouse qui s’est plainte auprès de Safinatoul Amane, j’ai été convoqué par certains agents qui m’ont séquestré et enfermé dans la salle de bain de leur siège. Trois agents m’ont déshabillé et m’ont violemment bastonné. J’ai été libéré plus tard sur intervention de mon marabout», dénonce Cheikh Bâ qui dit avoir été molesté pour avoir pris une troisième épouse. Les responsables reconnaissent ces «cas isolés de quelques éléments zélés» qui n’agissent pas en conformité avec leur démarche. «La loi interdit les tortures. Nous faisons souvent recours à la force, mais pas à la violence. Nous ne ripostons que si la personne interpellée oppose une résistance ou tente de s’en prendre à nous. Nous collaborons avec les autorités policières et judiciaires pour connaître les limites de nos prérogatives, pour ne pas empiéter sur celles de la force publique», explique sans convaincre le contrôleur général de Safinatoul Amane dont ses membres.  

«Nous collaborons avec la Police et la Gendarmerie pour ne pas empiéter sur leurs prérogatives»

La collaboration entre populations et policiers fait souvent défaut, dans une société pas ancrée dans la culture de la dénonciation, fut-elle anonyme, par peur de représailles. D’où l’intérêt de l’action de Safinatoul Amane qui, selon ses responsables, sert d’interface entre les habitants de Touba et les forces de l’ordre et de défense.

La sécurité n’étant pas seulement son domaine d’intervention, Safinatoul Amane sert aussi de liaison entre le spirituel et le temporel, et fait également office de protocole, lors des grandes cérémonies religieuses, la croisade contre la perversion, la licence des mœurs,  le contrôle des affichages dans la cité….

L’organisation a tout d’une milice, avec même des agents de renseignements. A la tête de l’organigramme se trouve le président Serigne Modou Lô Ngabou nommé par le Khalife, suivi d’un contrôleur général, son second.  

Le manque de moyens compromet l’exercice correct de la mission de Safinatoul Amane qui boucle, à ce jour, 23 ans d’existence au service exclusif du Mouridisme et de son Khalife général qui en est le responsable moral.   

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